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Article 1 - LA MUSIQUE - Marie-Thérèse Fauvel - colloque
Article 2 - LE TEMPS ET L'ESPACE - M.-T. Fauvel - colloque
Article 3 - LE TEMPS - Marie-Thérèse Fauvel - colloque
Article 4 - L'ESPACE - 
Marie-Thérèse Fauvel - colloque

Liste en cours d'élaboration

Article 1 - LA MUSIQUE

La musique fait partie d’un langage universel même si les différentes cultures des individus lui confèrent des caractères spécifiques.

Elle est basée sur le son dont les vibrations, les fréquences, le rythme et leur intensité nous atteignent dans notre être physiologique et dans notre être affectif.

Par son appartenance au Temps, la musique est aussi successivité. Elle suit l’être humain dans son évolution vitale, l’accompagne pas à pas lorsqu’il l’écoute, vit à son rythme.

Dès l’Antiquité, l’influence de la musique a été reconnue, mais plus particulièrement, celle du rythme, utilisée de tout temps dans un but thérapeutique sous forme non musicale « mais » le fait de lui adjoindre des propriétés musicales « lui confère un pouvoir accru » Willems. La musique est composée de trois éléments : le rythme – la mélodie – l’harmonie.

Chacun d’eux a un pouvoir particulier, une influence spécifique sur l’être humain mais c’est en considérant la musique sous ces trois aspects indissociables qu’elle devient un outil thérapeutique de la plus grande richesse. Elle atteint l’être humain dans sa globalité, en ses dimension essentielles : sensorielles, affective et mentales, sans la fractionner, en respectant son unité.

Mais il est intéressant de savoir en quoi chacun des éléments constituant la musique à un certain pouvoir thérapeutique.

Des recherches scientifiques ont permis – nous dit encore Willems – de confirmer ce rapport avec certains domaines neurophysiologiques.

Pour le rythme : influence directe sur le corps (respiration, battements de cœur, etc.). Il exerce une action sur le bulbe rachidien.

Pour la mélodie : rapport avec la région diencéphalique, lieu de réactions d’ordre affectif, ce qui lui donne une puissance incontestable dans ce domaine, en raison de ses nombreuses possibilités pour l’atteindre. Mais ses effets variables ne sont pas encore bien explicités (Willems.)

Pour l’harmonie : triple pouvoir : sensoriel – affectif – mental.

Pour s’engager sur le chemin de la thérapie en utilisant la musique, il est nécessaire de savoir que la musique doit s’adapter à chaque individu pris en charge. Elle doit être choisie avec beaucoup de perspicacité et, quand cela est possible, il est préférable qu’elle soit improvisée pour correspondre au comportement du sujet, à ses difficultés et pour suivre son évolution.

La musique établit une relation avec lui, l’invite à sortir de lui-même, le sécurise et suscite l’attention.

En psychomotricité, elle accompagne le mouvement, le régularise tout en le suscitant. Elle en permet la maîtrise tout en invitant à une prise de conscience du corps et des instruments d’exécution.

Beaucoup de découvertes sont faites au niveau des possibilités comme au niveau des difficultés. Mais ceci s’effectue dans une atmosphère de joie, dans un cadre de détente, soutenu par cette présence apaisante, tout en étant dynamisante, de la musique.

Au-delà des problèmes corporels intéressant les instruments d’exécution, la musique permet d’aborder avec aisance, les tas d’autres problèmes concernant le Temps et l’Espace et même de favoriser la synchronisation entre les deux. Ces deux milieux de vie forment, en effet, le cadre de vie dans lequel nous évoluons en permanence. Nous devons nous y adapter constamment et la musique est un puissant facteur contribuant à cette adaptation.

Rythme : succession de durées, inégales entre elles, mais qui sont organisées dans un certain rapport et qui engendrent une pulsion dynamique.

Mélodie : chant, discours sonore qui s’élève, descend, s’étire sur l’échelle musicale et atteint profondément la sensibilité de l’être humain.

Harmonie : support sonore, constitué par plusieurs sons émis simultanément qui se plient à la vie de la mélodie et s’y accorde tout en la soulevant. Elle multiplie son influence et crée une ambiance musicale.

Article 2 - LE TEMPS ET L'ESPACE

Lors de notre dernière rencontre, nous avons abordé, étudié les éléments fondamentaux, sur qui basait la structuration de la personne humaine. Nous nous sommes arrêtés en particulier sur les différentes fonctions qui, peu à peu, s’organisent au fur et à mesure du développement psychomoteur. Ainsi, nous nous trouvons en face d’un être humain que nous connaissons mieux dans sa structure, dans sa manière de fonctionner.

C’était un sujet assez concret, assez palpable car nous avons l’occasion, chaque jour, de voir vivre des gens, enfants ou adultes, qui se révèlent au travers de leur comportements, de leur mouvement, de leur habileté ou de leur maladresse dans leurs gestes.

Il s’agit maintenant d’essayer de comprendre dans quel milieu vit cet être humain, dans quel « bain » il est trempé chaque jour, comment il va s’adapter à cette ambiance dans laquelle il évolue au travers de son corps, et quelle influence considérable va avoir ce milieu de vie sur nombre d’acquisitions ainsi que sur son comportement.

Je veux donc parler du Temps et de l’Espace. Le Temps et l’Espace constituent le climat, le milieu dans lequel tout ce qui est vie, évolue : l’homme, les animaux, les végétaux, et on peut même dire la matière.

Il est impossible de s’extraire de ce milieu sans détruire à la fois l’existence.

On ne peut vivre en dehors du temps et de l’espace. C’est dire combien il est important de les connaître et de comprendre comment toute notre activité en est imprégnée lorsqu’elle se traduit particulièrement par le mouvement. Mais d’ailleurs, il en est de même aussi bien dans l’aspect physique d’un être vivant qu’au niveau de l’activité de l’esprit chez l’homme ou encore dans l’aspect social que revêt son adaptation au groupe. Le Tous règle, mesure toujours ces différentes manifestation et c’est toujours aussi dans l’Espace qu’elles se déroulent.

Temps et Espace forment donc le cadre dans lequel s’exercent les activités humaines. Dès le début de son existence le tout petit enfant est confronté à cette réalité. Il doit s’y adapter. Parfois, il le fait plus ou moins bien. De là, peuvent naître des difficultés de tous genres. Nous avons à l’aider dans ce domaine car le corps avec toute sa psychomotricité participe énormément à cette adaptation.

Temps et Espace forment des domaines bien particuliers. Ce n’est pas la même chose. Ils ont chacun des qualités particulières. Pourtant il n’y a pas de cloisons étanchant entre eux. Les frontières diminuent quand Temps et Espace se rencontrent instamment. Ils deviennent tous deux bons voisins, il est indispensable que leurs relations soient toujours excellentes. S’il y a fissures, désaccord entre, les conséquences seront importantes et se traduiront par un sérieux déséquilibre dans les comportements de l’être humain.

On peut même dire que Temps et Espace ne font pas que se rencontrer, ils se compénètrent. Lorsque l’on s’adresse à l’un, on empiète sur l’autre. En fait, ils sont indissociables. On ne peut, par exemple, parcourir une certaine distance – qui est du domaine de l’Espace – sans à la fois évoluer dans le Temps. Il s’est écoulé un certain nombre de minutes pour franchir la distance. Sur un plan pratique, il faut que vous compreniez bien cette intrusion constante, et donc cette importance du Temps et de l’Espace dans notre vie quotidienne. Voyez comme ils se mêlent tous deux dans la lecture et l’écriture. Il s’agit là de reconnaître ou de former des lettres dans l’espace, et de les unir dans le temps sous forme de successions organisées pour obtenir des mots, des phrases.

Très souvent, les difficultés qui se manifestent au niveau de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ont comme origine des difficultés vis-à-vis de l’adaptation au Temps et à l’Espace. C’est par là qu’il faut donc commencer. Très souvent, les choses s’arrangent ensuite d’elles-mêmes.

Nous réservons donc une partie de notre travail à des applications directes.

Mais comme, pour des enfants, tous ces problèmes ne peuvent être abordés, que vécus par le corps, nous nous retrouverons en plein dans la psychomotricité. Le Mouvement est d’ailleurs le lien idéal entre le Temps et l’Espace puisqu’il prend forme en se déroulant dans l’Espace et que forcément, une durée s’écoule pendant son évolution.

Article 3 - LE TEMPS

Première partie

Le temps participe intimement à la vie de l’homme dans toutes ses dimensions. Il intéresse l’évolution physique (au fur et à mesure des années, un enfant grandit en taille, prend du poids, modifie ses formes, cela ne se fait pas d’un seul coup, il faut attendre que les années passent).

Il intéresse l’évolution biologique (des organes se transforment en arrivant à maturité, des fonctions nouvelles apparaissent).

Il intéresse l’aspect psychologique (la pensée se modifie, la conscience s’éveille, le jugement s’affine).

Il intéresse encore l’aspect social (au fur et à mesure qu’il grandit, l’enfant reconnait la coupe dans laquelle il vit et s’établit des relations).

Toutes ces évolutions sont tributaires du Temps. Il faut donc être patient, savoir attendre que le Temps fasse son œuvre pour permettre les transformations de la personnalité. L’être humain n’est pas comme une plante à qui on met de l’engrais pour pousser plus vite. Sa progression ne peut pas s’effectuer en dehors du Temps.

Comment définir le Temps ? C’est très difficile. Dans la pratique courante, on saut en quoi cela veut dire. On utilise souvent ce terme, mais peut-être ne sait-on pas suffisamment ce qu’il recouvre et cela nous aiderait pourtant à comprendre pourquoi, chez les enfants, on rencontre des difficultés dont il est responsable.

Mais, lui-même, est très difficile à aborder. En effet, le Temps est abstrait.

On ne touche pas le Temps, on ne voit pas le Temps. Il n’a pas de forme, pas de couleur, pas d’odeur. C’est un fait de conscience, c'est-à-dire que chacun de nous le vit intérieurement suivant sa personnalité, son affectivité. Certains auront l’impression que telle journée aura passé très vite, d’autres l’auront trouvée très longue… Si nous n’avions pas nos montres pour régler nos activités, sans doute arriverions-nous à des heures bien fantaisistes pour commencer notre travail.

Le Temps est une succession de phénomènes c'est-à-dire que c’est une suite de moments, d’évènements qui se déroulent les uns après les autres sans interruption. Le temps est irréversible. On ne peut retourner en arrière comme dans l’espace. Ce qui est passé l’est pour toujours. Impossible de retourner vers son enfance. De plus, on ne peut s’arrêter dans le temps, ni l’arrêter. C’est un tyran impitoyable. Il nous entraîne. On longe obligatoirement avec lui. On évolue avec lui. On vieillit avec lui. On est porté par lui. Il s’écoule à côté de nous (on voit les jours et les nuits, les maisons qui changent, etc.) mais il s’écoule aussi en nous puisque nous subissons et sentons des transformations de notre organisme...il s’écoule encore au travers nous car les autres prennent aussi conscience du temps qui passe en voyant les modifications qui se sont produites sur notre visage, sur notre corps, dans notre démarche, etc.

Nous participons donc au cheminement du Temps au milieu du Temps qui, lui-même est un mouvement perpétuel.

Voyez aussi les mots que l’on utilise quand on parle du Temps et qui définissent bien ce caractère de mouvement perpétuel : le Temps passe, le Temps s’écoule, le Temps fuit. Ceci nous montre bien comment il est insaisissable.

Pourtant, nous allons essayer de voir comment on peut le comprendre et l’utiliser pour ce qui nous intéresse.

Deuxième partie

Nous avons dit hier que le Temps est lié à l’existence même. Si cela est vrai pour l’être humain, c’en est de même pour l’objet. En effet, on ne peut parler de l’existence d’un objet que parce qu’on est assuré de le retrouver semblable à lui-même au bout d’un certain temps donné. Et cela nous mène à une constatation essentielle que soulignant Bergson : « Sans une mémoire élémentaire qui permet de relier deux instants l’un à l’autre, il n’y aurait que l’un ou l’autre des deux, un instant unique et par conséquent pas d’avant, ni d'après, pas de succession, donc pas de temps, pas de durée.

La durée est en effet la continuation de ce qui n’est pas dans ce qui est. Elle implique un minimum de conscience, mais aussi une liaison intime entre les différents moments de la durée. Cette liaison ne peut s’effectuer sans l’intervention de la mémoire.

Pour que la notion de Temps existe, il faut qu’il y ait union entre le Passé, le Présent et l’Avenir. Pour cela, je le répète, il faut un minimum de conscience. Le Temps n’existe pas dans l’inconscient.

L’intervention nécessaire de la Mémoire et d’un minimum de conscience permet d’expliquer pourquoi il arrive souvent que les déficients mentaux n’ont aucune notion de temps. Ils ne peuvent revenir en arrière. Pour eux, ils vivent dans un perpétuel présent, la prise de conscience du passé et de l’avenir étant extrêmement difficile. Il est ainsi difficile aussi pour eux de se souvenir de l’expérience vécue qui participe au processus d’intégration des fonctions et qui permet d’accéder aux acquisitions.

Vous remarquerez comment une fonction qui est assez modeste, comme la mémoire, a joué un rôle considérable dans l’élaboration d’une notion très importante comme le Temps et dans les possibilités d’adaptation de l’être humain à ce milieu de vie.

Il faut donc se souvenir à nouveau qu’il est indispensable de savoir quels sont les éléments, même très simples qui sont nécessaires pour aborder telle activité. Ainsi, on pourra commencer à les travailler d’abord avant d’aller plus loin. Ainsi pour le Temps il sera peut-être nécessaire de se pencher d’abord sur le problème de Mémoire.

Je vous disais hier que le Temps était un fait personnel pour chacun de nous, vécu à notre manière suivant notre intuition et notre affectivité. Il est lié aussi à la nature des activités et à leur nombre qui remplissent une durée. Une durée pendant laquelle on ne fait rien semble très longue. On s’y ennuie. L’ennui est lié au temps. Une durée remplie d’activités paraîtra très courte.

Lorsqu’il reste une minute pour fermer sa valise et prendre le train, cette minute passe très rapidement. Si on reste une même minute dans le silence devant un monument aux morts un jour de souvenir, cela paraîtra très long. C’était pourtant la même minute. Mais il s’agissant là d’un temps vécu. De la même manière, une année pour un petit enfant de 5 ans par exemple semblera une période très longue, alors qu’une année pour un homme de 50 ans paraîtra bien courte. C’est encore là un fait vécu. En effet, pour l’enfant de 5 ans, une année est la cinquième de son existence donc une durée importante. Pour l’homme de 50 ans, c’est la cinquantième seulement, donc une période bien minime. Le temps physiologique est aussi à considérer. On sait que la cicatrisation des plaies est parce que plus lente à se réaliser chez une personne âgée que sur une personne jeune.

Tout ceci fait donc parti du Temps vécu lié à chacune de nos personnalités.

Mais face à l’aspect social de la vie de l’homme en groupe, il a été nécessaire de ne plus se fier à la simple intuition de chacun. Aussi on a eu recours au Temps spatialisé (ou mesurable), c'est-à-dire qu’on a cherché à inscrire le Temps dans l’Espace afin de le concrétiser, de le rendre « visible ». On a donc utilisé au début le cadran solaire, puis ensuite des horloges et les montres. Ainsi, c’est l’espace qui permet d’établir une structure au Temps, structure très rigide qui ne permet plus les fantaisies de notre affectivité.

Mais le Temps vécu par chacun de nous au niveau du Mouvement, des activités mettant le corps en jeu ne peut être scandé par les aiguilles d’une montre. Il nous faut en prendre conscience de manière beaucoup plus intime. Il intervient par exemple quand nous voulons faire un nœud et une boucle pour ficeler un paquet. Dans la coordination des deux mains, si l’une d’elle lâche trop tôt le morceau de ficelle dont elle est responsable, la réalisation de la boucle sera impossible.

Il nous faut donc essayer de comprendre ce temps en analysant chacun des facteurs qui le composent et le structure.

Il s’agit du Temps, de la Période, de la Durée, du Rythme.

Que représente le Temps ?

C’est une pulsion régulière, une succession de phénomènes, tous identiques, que rien ne différencie. Cela peut s’effectuer à des vitesses différentes au départ. Chacun de nous a d’ailleurs son propre temps, c'est-à-dire qu’il se sent bien en choisissant une certaine vitesse d’évolution dans sa marche, dans son mouvement, et cela lui est tout à fait personnel. Mais il doit pouvoir changer de temps quand les circonstances l’y obligent, et c’est cela l’adaptation. Il faut aussi pouvoir percevoir le temps des autres ou celui des évènements qui se produisent autour de nous. Mais il arrive aussi que le temps s’organise en séries régulières qui sont délimitées par un élément particulier qui revient toujours au même moment. Il s’agit alors de la Période. Un accent, ou un temps fort ou encore tout autre élément particulier peut indiquer chaque retour de la période.

Nous sommes soumis dans l’existence à quantité de périodes qui durent plus ou moins longtemps : le jour, la nuit, le cycle des repas, du sommeil, etc. J’ai utilisé là, un nouveau terme : durée. Il s’agit aussi de préciser.

La Durée est infinie. Elle n’a pas de limite en elle-même si on ne lui en donne pas. Elle correspond à l’évolution du temps qui se prolonge indéfiniment si on ne la morcelle pas de manière factice. On peut dire qu’un repas a duré plus ou moins longtemps si on considère le temps écoulé entre le début et la fin.

La Durée est un phénomène très abstrait qu’il est difficile d’évaluer sans recourir à une aide plus concrète et qui, elle aussi, est très subjective.

Enfin, nous arrivons à l’élément par lequel le Temps nous devient le plus accessible, par lequel il se concrétise le mieux dans notre vie, c'est-à-dire le Rythme.

Il ne faut pas confondre rythme et temps. Ce dernier est plus instinctif et répond de manière un peu automatique à des pulsions intimes sans qu’il y ait grande participation de la conscience. C’est cette réaction que l’on trouve très souvent, de manière exacte chez les enfants trisomiques. Le rythme, lui ne peut exister dans la régularité. Il faut qu’il y ait au moins un élément qui le différencie des autres mais qui s’intègre dans une structure organisée. Ce n’est pas n’importe quoi. Des rapports s’établissent entre les éléments. D’autre part, n’oublions pas que le Rythme existe dans l’Espace comme dans le Temps et que ce sera là encore un moyen de les unir. Beaucoup de définitions du Rythme ont été élaborées. Souvent les termes de « Ordre » et « Proportion » y reviennent. Mais je vais vous en donner une qui me semble très complète et qui nous intéresse particulièrement puisqu’elle est due à Marthe Vyl qui a été une des toutes premières à s’occuper de psychomotricité à Paris.

« Le Rythme c’est le rapport qui s’établit dans la succession dans le Temps ou la juxtaposition dans l’Espace entre deux phénomènes, ou plusieurs de même nature mais de qualité différente ». Il faut retenir qu’il est nécessaire d’avoir un minimum de deux éléments et qu’il est obligatoire qu’ils se différencient par une qualité particulière.

Nous continuerons sur ce problème de rythme.

Article 4 - L'ESPACE

L’espace est un contenant qui existe en soi. Il est homogène et ne peut être divisé. Les divisions que l’on fait avec des murs, des clôtures sont tout à fait artificielles. Ce qui est situé dans l’Espace est le contenu. Ce contenu est, au contraire, multiplicité, c'est-à-dire que beaucoup de choses le meublent que ce soit au niveau des objets ou des êtres vivants. La multiplicité implique un intervalle entre deux objets. Cet intervalle forme une liaison dans l’espace entre ces deux objets car ces deux objets ne peuvent se trouver au même lieu, ensemble, au même moment. Dès qu’il y a liaison, intervalle, la notion d’espace apparaît. Comme le Temps, l’Espace est infini, mais contrairement au Temps, il est « un » sans succession.

La coexistence des éléments (éléments qui existent ensemble au même moment) le remplit. Dans le Temps c’est la succession.

L’Espace, au contraire du Temps est réversible. On peut revenir en arrière. On peut aussi y rester immobile. On n’y est pas entraîné obligatoirement comme dans le Temps. Il s’impose à nous par son aspect extérieur tributaire de nos sens. Il est moins subjectif que le Temps. Il est plus concret.

L’Espace revêt un caractère psycho-physiologique qu’on ne trouve pas dans le Temps. C'est-à-dire que chacun, nous le construisons à l’aide de quantités de perceptions sensorielles dont il nous faut ensuite faire la Synthèse. La nécessité d’aboutir à cette indispensable synthèse situe tout de suite la notion spatiale à un niveau élevé dans l’ordre des valeurs. La connaissance de l’Espace, l’adaptation à l’espace reflète en générale le niveau mental d’un individu car en plus de la synthèse, elle fait appel à la représentation mentale.

A côté de l’Espace considéré, comme le Temps, comme un cadre de vie, il faut aussi prendre conscience de l’Espace que forme notre corps. Quantités de relation s’établissent entre tous les segments de ce corps. Nous en prenons connaissance au travers des sensations et avec l’aide de certains organes qui nous apportent des renseignements précieux.

Mais l’homme forme, au milieu de l’espace - une espèce d’objet, un volume, volume qui correspond au schéma corporel dont il peut modifier la forme. Mais il faut que ce schéma corporel soit existant pour qu’il soit possible de prendre conscience de l’espace environnant. L’Espace corporel sert de point de référence. A partir de là, on peut envisager l’Espace qui nous entoure et établir des relations. Ceci s’appliquera entre autre exemple à l’écriture et à la lecture comme aux mathématiques, car c’est à partir des corps que s’établissent des directions, des orientations, des notions de relativité, de représentation. Mais pour l’Espace environnant, comme pour l’Espace corporel, quels sont les éléments qui vont nous permettre cette élaboration ?

Tous les organes des sens vont y participer. L’œil, l’oreille, le toucher, l’odorat…mais également l’oreille interne qui joue un autre rôle que l’Audition. A l’intérieur s’y loge en effet un système appelé système labyrinthique, composé de plusieurs éléments dont trois canaux, appelés canaux semi-circulaires disposés en trois positions différentes. Ils provoquent en nous des sensations particulières qui nous renseignent sur la position de notre corps dans l’espace et sur son orientation. C’est grâce à eux que nous avons des sensations de position horizontale ou verticale.

Vous constatez que de nombreux supports concrets sont à notre disposition pour la structuration de l’Espace. La vision permet de mesurer des distances, de nous orienter, de prendre conscience des formes, des volumes. Le volume est d’ailleurs un exemple type de la nécessité d’aboutir à une synthèse. En effet, la notion de volume n’existe que lorsqu’on est capable d’envisager en même temps la hauteur, la largeur et la longueur. Le très petit enfant ne peut le faire.

Revenons à nos sens : l’audition permet de se situer dans l’espace en repérant des sons qui viennent d’avant, d’arrière, de droite ou de gauche, d’en haut ou d’en bas. Que dire du toucher qui permet la découverte et l’exploration de l’espace, de la forme des objets qu’il contient, la prise de conscience de limites. L’odorat joue son rôle aussi, car les odeurs nous permettent de déceler l’endroit d’où elles viennent ou encore de nous souvenir du lieu où pour la première fois nous les avons senties. Chez certains animaux, il est un facteur essentiel d’orientation dans l’espace, le chien en particulier. Ne s’en sert-on pas dans la police ou dans les services de secours pour retrouver la trace de certaines personnes qui ont disparu ?

Mais ces perceptions ne peuvent rester isolées. Elles s’unissent entre elles et à d’autres facteurs : orientation, direction, logique, raisonnement etc. C’est là que le problème de synthèse intervient et devient pour certains déficients mentaux l’obstacle difficile à vaincre. D’ailleurs ce sont tous ces facteurs difficiles à aborder que l’on retrouve en mathématiques : les comparaisons, les déductions, les notions de grandeur, le raisonnement, etc.

Certains auteurs qui ont étudié particulièrement le problème de l’Espace – comme Dumas – précisent que la perception de l’Espace est une des plus importantes et des plus complexes qui intéressent l’individu, car elle contient des notions très différentes.

1) Possibilité de comparaison entre deux objets en reconnaissant que, tout en étant différents, ils ont des points communs.

2) Notion d’étendue : ce qui implique de comprendre ce qu’est une dimension, une surface, un volume.

3) Notion de position représentée par le haut, le bas, la droite, la gauche, l’avant, l’arrière.

4) Notion de forme indiquée par la droite, la courbe, l’angle, etc.

5) Notion de direction : c’est la conséquence de la position des objets par rapport à nous ou entre eux ou de nous vis-à-vis du plancher, vis-à-vis de la verticale, la notion de verticale étant donnée par la pesanteur.

6) Notion de mouvement : c'est-à-dire prise de conscience de notre déplacement dans l’espace, de l’arabesque du dessin que représente ce déplacement dans l’espace soit par notre corps tout entier, soit par une partie de notre corps. Dans l’espace nous représentons un point.

Les perceptions, les sensations que nous éprouvons et que nous reconnaissons le st par rapport à nous. Personne ne peut porter de jugement à notre place. Quand nous avons la sensation de largeur, longueur, profondeur, etc. c’est toujours par rapport à nous. Nous ne pourrions concevoir un espace où nous ne serions pas.

Pour « être », pour exister quelque part, il faut se sentir vivre au niveau du corps, il faut que le schéma corporel commence à se structurer. C’est par rapport au corps que toutes les notions spatiales vont s’élaborer. Vous voyez donc l’importance considérable du corps qui intervient toujours dans l’acquisition de notions qui semblent bien supérieures comme le Temps ou l’Espace. Il est toujours ç la base, au départ de toutes ces acquisitions. Pour qu’une plante pousse il lui faut des racines. Les racines, c’est toujours le corps.

Certains disent que nous naissons avec le sens de l’espace en nous. D’autres prétendent que ce sens de l’espace est le résultat de nos expériences. Il est à supposer qu’une part de vérité existe des deux côtés. Il semble que des éléments de l’espace soient un peu intuitifs, sans demander beaucoup de réflexions pour certaines personnes, comme l’orientation par exemple. D’autres éléments comme la représentation mentale de l’espace semblent plutôt résulter du renouvellement d’expériences vécues.

Parfois ces expériences ne peuvent se vivre chez certains enfants pour des raisons diverses : soit des impossibilités sur le plan moteur, soit des manques de stimulations de la part de l’entourage. Il est à craindre que chez ces enfants, des conséquences fâcheuses n’apparaissent au niveau de la structuration de l’Espace.

Dans cette structuration, l’enfant franchit différentes étapes qu’il est peut-être bon de se rappeler afin de mieux situer le niveau où en sont restés certains déficients mentaux.

1) Dans les premiers jours de l’existence, il n’est d’abord question que d’incoordination spatiale. L’espace est fragmentaire. Il n’y a pas de lien entre les différents fragments. L’espace se trouve limité à l’espace buccal, l’espace tactile, l’espace visuel. Ce dernier reste même entre très réduit par la perception visuelle de profondeur ne semble pas encore exister chez le tout-petit. La coordination des mouvements oculaires est encore mal établie.

2) Ensuite apparaît la coordination spatiale subjective. Une certaine liaison s’organise entre l’espace visuel, gustatif et tactile par la préhension des objets, mais l’espace reste purement subjectif. Ce n’est qu’un ensemble de rapports centrés sur l’enfant lui-même. Tout se fait par rapport à lui. Le sens de la profondeur est confondu avec l’accessibilité.

3) La troisième étape conduit l’enfant vers la coordination spatiale objective. La manipulation, l’exploration manuelle, permettent d’établir des rapports de grandeur, de profondeur. Ceci s’organise en fonction de la réalité de l’objet. Mais il n’y a pas encore conscience du nombre d’objets occupant l’espace.

4) L’apparition d’une certaine conscience sensori-motrice dans les relations spatiales permet d’aborder un premier espace objectif expérimental. L’espace se découvre au niveau de l’expérience, mais on ne peut encore se passer de l’expérience. On commence ici à remplir le vide.

5) Enfin, apparaît la dernière étape : l’espace objectif devient représentatif. L’enfant se situe dans l’espace comme un objet parmi d’autres. Il peut s’imaginer dans l’espace. Il conçoit le déplacement invisible d’objets. Il peut se passer d’expériences. La notion d’espace, partie du contenu, partie des objets, aboutit à celle du contenant.

Tenir compte de toutes ces étapes dans notre travail de rééducation. Evolution liée à l’évolution du langage, liée aussi à la conception des mathématiques chez l’enfant qui fait appel à la représentation, à la notion de nombres, aux possibilités d’établir des rapports.

 
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